De l’importance de « l’anecdote ».

Quand on est guide, ce sont des phrases que l’on entend très souvent : « Les visites avec des petites anecdotes c’est tellement mieux ! » ou « Est-ce qu’il y a plein d’anecdotes dans votre visite ? » Pendant assez longtemps, ces questions sur les « anecdotes » avaient le don de m’exaspérer. Pour moi, ce mot ne voulait rien dire, c’était un fourre-tout qui devenait creux et qui ne servait qu’à rendre la communication d’une visite plus sexy.

L’anecdote c’est quoi exactement ?

Avec le temps et l’expérience, j’ai fini par réussir à définir ce que l’on entend généralement par « anecdote ». Pour le visiteur, l’anecdote c’est la petite histoire dans la grande. C’est le petit événement rigolo, c’est le jour où quelqu’un a fait quelque chose de travers, c’est le détail, le grain de sable dans la grande histoire.

C’est ce qui rend l’histoire réelle. C’est ce qui nous permet de parler des petites gens, ceux qui nous ressemblent, et ceux qui ressemblent à nos visiteurs. Ces histoires-là nous racontent leurs déboires, leurs joient, leurs victoires et défaites personnelles, qui sont bien souvent les mêmes que les nôtres.

Marchands de soie de la renaissance

Marchands de soie de la renaissance

Pourquoi les visiteurs veulent-ils des anecdotes ?

L’anecdote permet de donner à la visite guidée ce qui fait la différence entre un cours magistral d’histoire et un film historique : de l’émotion. Le visiteur ne peut pas faire autrement que de s’identifier aux personnages dont on parle.

Les visiteurs nous disent toujours qu’ils se souviennent des visites « pleines d’anecdotes » car celles-ci parlaient de petites gens, leur ressemblant, auxquels ils pouvaient s’identifier. Le temps d’une visite, il leur est donné de partager le destin, les aventures, les émotions d’un personnage ayant vécu il y a longtemps peut-être, mais leur ressemblant tout de même.

Qu’est-ce que l’anecdote apporte à la transmission du patrimoine ?

Il me semble évident qu’à partir du moment ou l’émotion est sollicitée, le travail d’appropriation se fait presque automatiquement. Il est souvent très difficile de se souvenir de quelque chose d’abstrait, mais dès que la sensibilité personnelle est convoquée, la mémoire fonctionne presque toute seule.

Se concentrer sur les anecdotes n’est donc pas une façon de minimiser l’histoire, bien au contraire. Raconter un grand événement à travers le prisme des petites gens est sans doute la meilleure façon que nous avons de nous approcher de la réalité.

Lorsque l’on veut raconter la manifestation du 11 janvier 2015 après les attentats de Charlie Hebdo, de quoi parle-t-on ? Des amis que l’on y a croisé, du temps que l’on a mis pour parcourir une si petite distance tant la foule était compacte, de l’émouvant silence, des pancartes que l’on a lu… Mais en aucun cas, on ne racontera la marche des présidents, les grands discours, tout simplement parce que nous n’y étions pas.

Le jour de l’entrée royale de Henri II à Lyon en 1548, ou aurions-nous été ? Dans le cortège royal ou dans le cortège des petites mains qui dans les tavernes, servent du vin aux miliers de visiteurs venus à Lyon ce jour là ?…

Marchand de vin à la renaissance

Marchand de vin à la renaissance


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